Archives de avril, 2019

Le pris pour acquis du succès

Publié: avril 29, 2019 dans culture, société

Il existe un fait de popularisation des œuvres narratives fondé sur leur succès. C’est arrivé, par exemple, avec les livres de Harry Potter. Lorsque le succès a dépassé la critique, au point de transformer la série des livres en phénomène de société, on n’a pas  commencé à chercher les causes de ce fait, on l’a pris pour acquis et l’oeuvre est devenue ce qu’elle n’était pas : une référence. Plus récemment, ce fait s’est illustré avec plus de mordant dans la série du Trône de Fer. Déjà les romans étaient discutables quant à leur lisibilité, mais la ferveur d’un public toujours indéterminé a propulsé cette fiction dans une superproduction de télévision qui a bientôt donné à oublier le texte au profit de l’image adaptée. Le succès continuant d’enfler comme une baudruche que personne n’ose crever de peur de juger des millions de consommateurs, on prend celui-ci pour acquis et on offre à l’oeuvre des lettres de noblesse « rétroactives » au point par exemple de consacrer sur une radio des émissions philosophiques et dans un grand quotidien un article, décrivant a posteriori les intentions « profondes » que G.R.R Martin n’a sans doute jamais eues.

De l’abondance des séries

Publié: avril 29, 2019 dans culture, société

Il s’est effectué un virage de tendance au cours des deux dernières décennies où l’on a vu le cinéma perdre le leadership du narratif visuel au profit constamment grossissant des séries. A tel point qu’un éminent « script doctor » professant son art autour de la planète a déclaré sans ambiguïté que « désormais les meilleurs talents travaillent pour la télévision », c’était avant plateformes, que dirait-il aujourd’hui ? Pourtant la série conservera toujours son schéma de feuilleton à multiple rebondissements qui allonge irrémédiablement la sauce au point de lasser les plus férus, tandis que le cinéma continue de raconter une histoire dans le cadre d’un temps précis. Les séries ne sont pas bonnes, ni satisfaisantes, et leur succès reste une énigme pour une vision éclairée de la narration.

Gouverner aujourd’hui

Publié: avril 29, 2019 dans France, politique

C’était en 1990 au cours propédeutique de Sciences Economiques dans un auditoire de six cents places bondé et bruyant. Le professeur arrive sur l’estrade, le silence se fait doucement. Tout en se dirigeant vers le pupitre il entame d’une voix  forte : « La pensée politique s’inscrit dans la durée… au moins une génération. » Puis il avance de quelques pas, le silence est maintenant intense : « Aujourd’hui les politiciens travaillent sur le temps de leur réélection, soit environ quatre ans. » Il s’arrête devant le pupitre, dépose son cours, chausse ses lunettes et dit dans le micro : « Il n’y a plus de pensée politique. » Puis il ouvre son volumineux dossier… c’était en 1990.

Lorsque je vois les gesticulations de nos élus, et particulièrement des premiers d’entre eux, nos récents présidents (au pluriel c’est important), je songe avec amusement que cette anecdote prémonitoire date de vingt-neuf ans. On dit que les français sont ingouvernables, mais les politiciens sont « ingouvernant » et les systèmes archaïques. Des solutions existent, en s’inspirant des démocraties directes, mais la morve des élites se gaussera très vite du modèle Suisse par exemple, tant note société néo-féodale ou 1% – et non plus 10% – des élites possèdent 90% des ressources, nous ne sommes plus à l’apogée de notre civilisation mais dans un plateau, qui débouchera sur un déclin, et sa lente chute, ou un sursaut, dans un rebond citoyen salutaire.