Archives de la catégorie ‘société’

Le pris pour acquis du succès

Publié: avril 29, 2019 dans culture, société

Il existe un fait de popularisation des œuvres narratives fondé sur leur succès. C’est arrivé, par exemple, avec les livres de Harry Potter. Lorsque le succès a dépassé la critique, au point de transformer la série des livres en phénomène de société, on n’a pas  commencé à chercher les causes de ce fait, on l’a pris pour acquis et l’oeuvre est devenue ce qu’elle n’était pas : une référence. Plus récemment, ce fait s’est illustré avec plus de mordant dans la série du Trône de Fer. Déjà les romans étaient discutables quant à leur lisibilité, mais la ferveur d’un public toujours indéterminé a propulsé cette fiction dans une superproduction de télévision qui a bientôt donné à oublier le texte au profit de l’image adaptée. Le succès continuant d’enfler comme une baudruche que personne n’ose crever de peur de juger des millions de consommateurs, on prend celui-ci pour acquis et on offre à l’oeuvre des lettres de noblesse « rétroactives » au point par exemple de consacrer sur une radio des émissions philosophiques et dans un grand quotidien un article, décrivant a posteriori les intentions « profondes » que G.R.R Martin n’a sans doute jamais eues.

De l’abondance des séries

Publié: avril 29, 2019 dans culture, société

Il s’est effectué un virage de tendance au cours des deux dernières décennies où l’on a vu le cinéma perdre le leadership du narratif visuel au profit constamment grossissant des séries. A tel point qu’un éminent « script doctor » professant son art autour de la planète a déclaré sans ambiguïté que « désormais les meilleurs talents travaillent pour la télévision », c’était avant plateformes, que dirait-il aujourd’hui ? Pourtant la série conservera toujours son schéma de feuilleton à multiple rebondissements qui allonge irrémédiablement la sauce au point de lasser les plus férus, tandis que le cinéma continue de raconter une histoire dans le cadre d’un temps précis. Les séries ne sont pas bonnes, ni satisfaisantes, et leur succès reste une énigme pour une vision éclairée de la narration.

De la critique

Publié: juin 19, 2017 dans Philosophie, politique, société

On la dit facile, et l’art difficile, mais une bonne critique, saine, utile, construite, n’est pas aisée. Pour être saine on doit s’affranchir de toute humeur, du désir de critiquer lui-même, de prouver quoi que ce soit, ou revendiquer. Il convient à l’instar des exigences collaboratives d’un support comme la Wikipédia, d’étayer son propos sans faire valoir une opinion sienne au détriment de toutes. Pour être utile, une critique ne démolira rien mais apprendra à apprendre sur le ou les sujets abordés. Quant à sa construction, elle demande autant d’attention qu’un exercice de dissertation ou d’explication de texte, bien que ceux-ci font toujours référence à l’appris, alors que la critique va délivrer une nouvelle forme d’appréciation du connu. Enfin on se posera la question suivante : à quoi bon critiquer ? Il faut aiguiser son esprit comme une lame de samouraï et s’en servir rarement, trancher dans le vif  en silence, la plupart du temps, pour épargner l’autre de ses propres tâtonnements. On ébauchera une critique lorsqu’on aura une réponse satisfaisante à la question : ai-je à dire ? Ce qui est rarement le cas, le plus souvent il vaut encore mieux se taire, et continuer à peaufiner son apprentissage du sujet. Dans notre société contemporaine gavée d’écrit, de media en tout genre, on songe trop facilement qu’il se trouve moult sujets à critiquer, et ce faisant, comme un mauvais documentaire, on reste partial. En ce siècle de dérives politiciennes, économiques et sociales, nous devons ignorer le néo-féodalisme ambiant pour s’inquiéter de l’avenir de notre espèce qui maltraite tant notre Terre, et de nos isolements qui font de nous des Robinson au lieu de rester fourmis attachées à la fourmilière, humblement. C’est notre espèce qui est en danger, pas la planète, elle, elle en vu d’autre, l’humain est si fragile dans son arrogance. Enfin, avant de critiquer, adonnons-nous à un sursaut de conscience par un travail sur Soi élaboré, afin de la hisser au dessus des pris pour acquis.

De la nature du jeu vidéo

Publié: juin 18, 2017 dans culture, société

Le plaisir viédoludique provient rarement de son support, si ce n’est esthétiquement et mécaniquement, en tant que compensation, pour combler des manques. Le jeu offre une aire de partage et de rencontre, qu’elle soit compétitive (joueurs contre joueurs) ou collaborative (joueurs contre environnement), répondant aux aspirations des caractères sportifs ou sociaux. La fâcheuse tendance qui s’est développée à la fin des années 1990 de promouvoir le jeu solo, soutenue par des éditeurs aveugles et opportunistes (qui au final y perdront beaucoup, par exemple Funcom) gâchant ainsi la vocation du jeu, s’est à nouveau inversée avec les nouvelles générations, technologies, et l’avènement de l’esport. Le jeu vidéo est depuis quelques années sortie de son étiquette de geek boutonneux mangeur de pizzas froides, ce qui était une méchante réduction du public, car il est peu crédible de songer que le pourcentage féminin, par exemple, a fait un bond, c’est plutôt que le jeu vidéo entre dans les moeurs, certains publics sortent de leur secret jouissif coupable pour entrer dans l’arène du revendiqué, assumé, heureux. Il en va de même pour les tranches d’âge statistique hors adolescence et estudiantines. Dès lors on repère que les signes de reconnaissance vont dans ce sens, comme celui de l’ex-ministre de la culture en visite dans un salon de jeu, laquelle pense le sujet et l’objet devenu « culturels » d’ici vingt ans. D’autres l’envisage comme un sport à part entière. N’est-ce pas en Corée que celui-ci est déjà le sport national avec des « vedettes » adulées comme nos stars du ballon rond ? Rendez-vous dans vingt ans, pour voir si le genre qui assomme déjà de ses résultats annuels l’industrie du cinéma et de la télévision, se plaçant numéro deux mondial derrière le… livre ! Lequel du coup ne va pas si mal hors de la navrante exception hexagonale, et cela rassure. Au passage ajoutons que le jeu vidéo devra, dans ce processus se sevrer de ses plus lucratives tendance (violence) et de ces poncifs (morts vivants et tutti quanti) pour correspondre aux meilleurs titres du genre, qui s’ils offrent de l’action racontent surtout une aventure avec des héros auxquels on peut s’identifier. Restera le creux entre les pcistes et les consoleux, car il est déjà vrai que les premiers sont plus sélectifs et exigeants, lorsque les seconds avalent du titre sans trop de réflexion.